L’immense succès des « Mystères de Paris »

A tout seigneur… Commençons cette série d’articles par parler du livre lui-même…

… Et par quelques révisions : On connaît et on lit encore assez souvent le Rouge et le Noir (Stendhal – 1830), Notre Dame de Paris ou Les Misérables (Victor Hugo – 1831 et 1862), Le Père Goriot ou Les Illusions perdues (Honoré de Balzac – 1835 et 1837), Le Comte de Monte-Cristo ou Les Trois Mousquetaires (Alexandre Dumas – 1844), La Mare au Diable (George Sand – 1846), Madame Bovary (Gustave Flaubert – 1857), Le Voyage au Centre de la Terre (Jules Verne – 1862), Au Bonheur des Dames ou Germinal (Emile Zola – 1883 et 1885) ou Une vie (Maupassant – 1883), etc, etc, etc.

Mais, même si le titre est resté célèbre, on lit beaucoup moins aujourd’hui Les Mystères de Paris et on ne connait guère son succès immense, phénoménal, et ce pendant très longtemps. Ce fut LE best-seller du 19ème !

Curieusement, le livre est passé en désuétude, notamment depuis les années 1980. Peut-être est-ce une question d’épaisseur, imposante !, du livre, de mort prématurée et sans descendance directe d’Eugène Sue, peut-être un manque d’ambition, de talent et de temps – il faut livrer chaque jour ou presque un nouveau chapitre au journal qui le publie d’abord -. J’en parle notamment dans cet article comparatif avec Les Misérables. J’émets aussi l’hypothèse, dans cet autre article, d’une dernière adaptation télé (en 1980) qui a totalement ringardisé l’oeuvre.

On peut mesurer néanmoins la renommée gigantesque des Mystères de Paris, pendant 150 ans, par les innombrables éditions du livre que l’on trouve facilement dans les brocantes.

Furent légion également les différents romans intitulés “Mystères de…” : “Mystères de Londres » (Paul Féval – 1844), de Florence (Collodi, le père de “Pinocchio” – 1857), de Montréal, de Milan, de Marseille (Emile Zola – 1867), de Lisbonne, de Munich, du Lapin Blanc , etc ; il y eut aussi Les vrais Mystères de Paris (de Vidocq – 1844) et bien sûr les Nouveaux Mystères de Paris (de Léo Malet, à partir de 1954). Vous en découvrirez encore d’autres au fil de ces articles.
Dans les milieux de la recherche littéraire, on parle même de « littérature des mystères » ou de « mystères urbains ». Je conseille par exemple ce texte très savant de Marie-Ève Thérenty.

De tout temps, de très nombreuses illustrations pour Les Mystères de Paris furent créées, pour des rééditions sans cesse renouvelées. J’en parle dans cet article.

On trouve moultes produits dérivés : figurines, affiches, caricatures, jeux de carte, jeu de l’oie en imagerie d’Epinal… Un vrai marchandising !

On dénombre de très nombreuses adaptations théâtrales dont on parlera aussi à l’occasion. Et Judith Lyon-Caen a même déniché quelques gravures cochonnes avec certains personnages des Mystères de Paris (pour toi, lecteur amateur) !

Autre preuve du succès du livre : le couple des formidables concierges Pipelet du 17 rue du Temple (cf. les épisodes 6, 9, 13, 14, 21… de la série et cet article sur la carte ci-après). Ils ont suffisamment frappé l’opinion publique pour que le terme soit entré dans le langage courant (et on le trouve même dans La Recherche du Temps Perdu !). Chacun sait qu’il désigne un/e bavard/e inconséquent/e et qu’il est surtout utilisé au féminin… Grrrrr… Mais ne nous énervons pas car tout le monde adore Madame Pipelet !

Rappelons aussi ses croustillants prénoms : “Pomone, Fortunée, Anastasie” !

Ma co-scénariste, Lucile Prin, et moi avons eu beaucoup de plaisir à reprendre, hélas trop partiellement pour la série, ses dialogues super funs. C’est la super comédienne Marièle Chartier qui lui prête sa voix : “Et allllllez donc !…”. Je le dis et le redirai : n’hésitez pas à lire l’ouvrage (on le trouve aussi en version numérique gratuite) entre autre pour découvrir d’autres dialogues de ce fameux couple Pipelet, passé à la postérité.

Au 20ème siècle, la relève « produits dérivés » fut bien sûr assurée par le cinéma puis la télévision, avec de multiples adaptations dont je parlerai dans cet article. Le phénomène démarre dès les origines du cinéma pour s’achever provisoirement en 1980 pour une coproduction télévisuelle boursoufflée.

Rien depuis ! Il était temps de réhabiliter le livre avec notre série !

Pour finir, les amateurs d’opéra comme moi trouveront sûrement amusant qu’Offenbach se saisisse de la réputation de Rodolphe de Gerolstein pour intituler ironiquement sa Grande Duchesse éponyme (mais dont le propos n’a rien à voir, à part, peut-être, ce côté fantasque que j’aime chez les deux artistes)

Crédits photographiques : Madame Pipelet illustrée par C.J. Travies et gravée par H. Lavoignat dans l’édition Gosselin (1844) – “Jeu de l’oie” exposé au chouette “Musée de l’Image” à Epinal  – “Première page de la Grande Duchesse de Gérolstein”, opéra bouffe créé en 1867 – Et enfin des superbes tongs “Mystères de Paris” imaginées par Matthieu Dubois !

 

PS : Début juin 2026, alors que je déjeune à Baden-Baden, on me sert cette eau minérale : 

Imaginez ma joie !!!

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